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Brigitte – Interview

C’est dans leur loge de la Barakason (Rezé, 44) que m’attendent Aurélie et Sylvie, en plein milieu d’un marathon de concerts… 8 en 9 jours.
Malgré la fatigue bien compréhensible, c’est avec gentillesse qu’elles se prêtent au jeu des questions réponse.

Votre premier album est disque d’or depuis quelques semaines.
Vous êtes surprises ?

Aurélie : Oui, on ne s’attendait pas du tout à ça.
Par contre une fois qu’on a débuté ce projet ensemble, toutes les deux, on a été joyeuses et euphoriques à l’idée de travailler ensemble et ce dont on était sures c’est que l’on tenait quelque chose qui nous mettait en joie, comme si tout à coup on avait trouvé quelque chose qui nous plaisait, où l’on se sentait libres de faire tout ce qui nous passait par la tête. Une vraie osmose, une alchimie.

On connaît l’histoire de votre rencontre, mais comment se passe la création d’un morceau chez Brigitte ?

Sylvie : J’en parle au passé, parce que là on est dans la tournée. On se voyait le matin et puis on prenait un thé (rires) et puis on discutait « ah tiens, si on faisait une chanson là dessus, qu’est ce que tu en pense » ou « tiens si on partait d’un rythme de batterie », ou à partir d’une idée comme « battez-vous ! ». Tu vois ça part comme ça, l’autre dit « tiens tu la vois comment cette fille… », ou « tiens on a jamais parlé de ça… »…
C’est toujours le partage de nos expériences, de nos envies et de la curiosité sur ce que ressens l’autre.
Je pense par exemple à Suzanne, un morceau pour lequel on s’est vraiment posées des questions du genre « alors, tu la vois comment cette fille, elle est habillée comment… ».
Aurélie : Ça se passe où ? Dans le Dakota, ok mais où dans le Dakota ? Attends on va regarder une carte (rires).
Sylvie : Tu vois ça, ça a été pour une chanson. Pour une autre ça peut se passer différemment, mais la base du travail c’est toujours l’échange, le partage, la surenchère de la fantaisie.
Souvent on se dit des trucs pour déconner, au détour d’une phrase sans y prêter attention et l’autre dit « attends ! Tu as dit qu’on allait faire ça, alors on le fait » ou « tu avais dit ça à un moment, ça c’était bien ». On a l’art de pointer le doigt toutes les 2 sur des trucs qu’individuellement on aurait peut être mis de côté.
Aurélie : On s’écoute, on se pousse l’une l’autre, on se fait vraiment confiance, on a la philosophie du oui. C’est quelque chose qui est très porteur. C’est marrant on apprend ça au théâtre, si tu dis non au début d’une impro, l’impro elle est foutue. Si tu es dans le oui, c’est là que tout peut commencer à se construire, tout peut commencer à devenir intéressant, et les histoires s’écrivent.
Inconsciemment et assez naturellement on a commencé de cette manière.

brigitte 1 Brigitte   Interview

Vous avez écrit cet album chez vous ; arrivez-vous à écrire en tournée ?

Aurélie & Sylvie en chœur : Non on peut pas (rires).

Qu’est ce qui fait la particularité de Brigitte ?

Aurélie : Je pense que c’est la confiance qu’on se donne, l’attention qu’on s’est portées. Faire de ces petites chansons qu’on a écrites dans la salle à manger, quelque chose que l’on porte sur scène, avec les arrangement dont on a rêvé…

Maintenant que l’album a du succès, que les dates s’enchaînent, est-ce que la maison de disque vous pousse à sortir le prochain album ?

Aurélie : La maison de disque, elle ne nous pousse à rien du tout (rires). On a signé avec cette maison de disque là parce que justement elle nous laissait cette autonomie.

On vous qualifie souvent dans la presse, de groupe « féministe ».
Vous l’assumez ?

Aurélie (surprise) : On est pas militantes !
Sylvie : Peut être que les gens, en voyant un groupe avec 2 chanteuses, 2 filles, ils voient une quelconque revendication…
Aurélie : On parle de nous donc on parle de femmes c’est sur, et il y a un côté un peu canailles, amoureuses, pudiques. Je crois que ça assume la pluralité du féminin.

Le côté « décalé » de vos paroles, c’est un moyen de faire passer des sujets plus graves ?

Aurélie : C’est assez sérieux quand même, je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi. Autant il y a les textes qui s’amusent sur la forme, on va parler de gangsters, de lascars, mais le fond est quand même euh… Je pense à « battez-vous », qui est l’histoire d’une fille qui dit « maintenant j’ai envie qu’on m’aime parce que j’en peux plus », c’est pas très joyeux. Des textes comme « Monsieur je t’aime » ou « je veux un enfant », qui n’ont aucun deuxième sens, qui sont totalement bruts, super directs, qui parlent d’amour, de désespoir ou de stérilité… La forme nous intéresse, moins que l’image, on aime mélanger des vocabulaires, l’argot, un langage châtié, un vocabulaire urbain… Mélanger tout ça et faire notre lexique à nous, c’est ça qui nous plaît.

Les arrangements sont quand même joyeux…

Aurélie : On aime pas le pathos, la vie elle n’est pas comme ça. C’est le rire qui fait pleurer ; regarder quelqu’un qui essaie de s’en sortir en rigolant. Ça ça fait chialer.

En parlant des arrangements, vous avez travaillé avec plusieurs personnes sur l’album.
Comment avez-vous trouvé un fil conducteur…

Aurélie & Sylvie en chœur : C’est nous les patronnes !! (rires).
Sylvie : C’est nous le fil !

J’imagine que pour la scène c’est le même principe.
D’ailleurs comment avez-vous choisi les musiciens qui vous accompagnent ?

Sylvie : Euh… Greg le batteur ça fait très longtemps que je le connais, c’était le batteur de mon précédent groupe. C’est même lui qui nous a relancées, tu te rappelles…
Aurélie : … Alors les gars, on répète ?!? (rires)
Sylvie : Après, Yann c’est le copain d’un copain.
Aurélie : Et c’est surtout le premier guitariste qui nous a parlé de lui, il nous a dit qu’il ne pouvait plus continuer.
Sylvie : On l’avait pris un peu à la basse, puis après il n’avait pas le temps, donc il a arrêté, puis on l’a pris comme guitariste, et au bout de 6 mois ça n’allait pas, il nous a dit « non je peux pas ».
Aurélie : Et puis on a insisté…
Sylvie : Et après il y a eu Cyril, on a pris un autre guitariste…
Aurélie : Ça a été quasiment pareil avec le bassiste, il a joué sur le premier 3 titres. On lui a demandé si il voulait continuer, et il avait un groupe puis on a insisté, insisté… On s’est battues.
Sylvie : Maintenant c’est bien installé, et on est tellement contentes de les avoir.

brigitte 2 Brigitte   Interview

Vous êtes très présentes sur les réseaux sociaux comme Facebook.
Ça fait partie des nouvelles manières de communiquer pour des artistes ?

Aurélie : Ça n’est pas vraiment une volonté, c’est assez naturel chez nous, on s’en amuse.
Tu sais, à la fin des concerts c’est nous qui faisons le merchandising, on a un côté très accessible malgré notre côté diva. On s’amuse avec des tenues, des robes à paillettes, ce côté féminin très exacerbé, qui fait bien sur aussi partie de nous. Mais on est aussi des nanas de Pigalle, qui ont galéré pendant 10 ans avant de réussir, qui sont des mamans, qui vont chercher leurs enfants à l’école à 16h30.

C’est peut être ça aussi qui fait partie de votre succès ; les gens peuvent se reconnaître…

Aurélie : … je pense oui, il y a un côté comme ça, c’était une porte ouverte.
Sylvie : On a pas 20 ans, on a de l’expérience, on a des enfants, on ne s’en est pas cachées. On se montre telles qu’on est, complexes. Avec toute la complexité d’une femme d’aujourd’hui (rires).
(s’adressant à Aurélie) Tiens c’est marrant, je ne sais pas si tu as remarquée, encore hier il y avait plein de filles devant et les mecs derrière. Les filles à fond les bras en l’air et les mecs qui tapent du pied derrière.
Aurélie : Tu vois, notre public ce sont des hommes, des femmes, des gens de 30 ans, de 20 ans, des hommes de 60 ans, des femmes de 50, il y a un côté mélangé, des hétéros, des homos, des lesbiennes… Je suis incapable de faire un profil du spectateur type, la seule chose que je vois de la scène, sur les visages, c’est une espèce de volonté, d’un truc libéré et joyeux.
Sylvie : On a des compliments après les concerts, « merci d’exister », les gens ont l’impression… enfin nous remercient de faire partager cette joie de vivre…
Aurélie : Ah oui si, il a peut être ça le public, un côté assez authentique.
Sylvie : Mais paradoxalement, les chansons sont une espèce de fenêtre ouverte sur ce que l’on est, et en même temps on a un public hyper respectueux. Mais vraiment quoi ! Moi avec mon groupe précédent, j’ai vécu des trucs vraiment odieux, de gens qui te posent des questions, qui veulent te ramener. Je me suis fait pirater mon compte par des fans, des trucs…

En ce moment vous tournez énormément.
Si vous pouviez choisir votre meilleur souvenir…

Aurélie : Ça va être dur, il y en a plein des bons souvenirs. On a eu des concerts… je ne sais pas, à chaque fois à Lille il s’est passé quelque chose. C’était toujours la première fois qu’il se passait un truc.
La première fois qu’on a joués à Lille, c’est aussi la première fois qu’on nous a appelés avant qu’on monte sur scène.
Sylvie : « Brigitte ! Brigitte ! ».
Aurélie : Je peux te dire que là tu as peur.
Et le dernier qu’on a fait à Lille, à l’Aéronef une grande salle où il y a peut être 1800 personnes, c’est la première fois qu’on jouait dans une grosse salle comme ça avec un public venu juste pour nous et aussi la première fois qu’on nous a demandé un deuxième rappel.

Ça doit être grisant de voir que plus la tournée avance, plus les salles grandissent.

Aurélie : Ouais et en même temps, ça reste toujours très cool.